
L’Église protestante suisse obtient une certification écologique.
Combien de courant, d’énergie thermique, de papier ou d’eau une communauté chrétienne utilise-t-elle par année ? En fonction des réponses, une certification écologique est possible. C’est la démarche entreprise par la chancellerie de l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS). Elle a obtenu le label le Coq Vert le 12 mai, après un audit de certification mené dans les bureaux du secrétariat, à Berne. « La démarche a été lancée en 2019, explique Stephan Jütte, porte-parole. Au départ, l’objectif était d’obtenir le label le Coq Vert pour l’automne 2021, mais le calendrier initial a pris du retard. »
Le Coq Vert est un un système de management environnemental spécifiquement conçu pour les paroisses et les collectivités chrétiennes qui se soumettent à un programme en dix étapes ponctuées par un audit externe et un rapport destiné à publication. Le but est d’améliorer les performances environnementales de l’organisation : consommation d‘énergie, tri des déchets, etc. La démarche implique un important travail de documentation et permet ainsi de faire un suivi précis des données de fonctionnement de l’organisation. Celle-ci s’engage dans un processus d’amélioration continue. La certification est délivrée pour une période renouvelable de quatre ans.
Près de 100 paroisses certifiées
Le label a été conçu dans les années 2010 en Allemagne, où près de 900 communautés et institutions chrétiennes sont certifiées. En Suisse, 93 paroisses l’ont obtenu. Elles sont toutes situées en Suisse alémanique. « Je ne sais pas si c’est d’ordre culturel », déclare Jacques Matthey, membre de l’association oeco Églises pour l’environnement, l’organisme de certification, à Berne.
Le Coq Vert est calqué sur le modèle des normes ISO, qui comptent plus d’un million d’organisations certifiées dans le monde. Le label reprend en effet les mêmes exigences pour les appliquer au milieu ecclésial. Il s’agit en résumé de définir une politique environnementale, de constituer une équipe de pilotage, de fixer des objectifs chiffrés et d’effectuer un suivi des performances. À noter que les objectifs sont définis par l’organisation concernée. Les paroisses sont donc libres de fixer elles-mêmes leurs priorités environnementales. Toutefois, certaines données doivent obligatoirement être documentées, notamment concernant la consommation d’électricité, de chauffage, d’eau et de papier, ainsi que la production de déchets.
Plus de 25'000 normes établies
Aujourd’hui, il existe plus de 25'000 normes ISO pour des domaines aussi variés que la gestion de la qualité, l'environnement, la sécurité alimentaire et les dispositifs médicaux. La première norme ISO a été publiée en 1951 et concernait la température de référence pour les mesures de longueur industrielles. Basée à Genève, l’Organisation internationale pour la standardisation (ISO) est le plus grand organisme mondial de normalisation.
Combien coûte un processus de certification ? Pour ce qui est des normes ISO, cela va de quelques milliers de francs à plusieurs dizaines de milliers de francs, en fonction de la taille de l’entreprise et du nombre de sites qu’elle exploite, notamment. En ce qui concerne le Coq Vert, c’est nettement moins cher. Il faut compter quelque 1280 francs pour la formation de l’équipe de pilotage par l’organisme de certification. Ce cours s’étend sur six journées, durant lesquelles les participants vont visiter des paroisses ayant déjà de l’expérience en matière d'écogestion. À cela s’ajoute le coût de l’expertise externe, soit environ 1000 francs, plus les éventuels frais de conseil et la préparation interne, avec un investissement en temps possiblement important.
Un processus en 10 étapes
L’équipe de pilotage peut inclure des membres du conseil de paroisse, des aumôniers, des pasteurs, des diacres et des sacristains, par exemple. Aucune connaissance préalable n’est requise pour cette formation qui est proposée grâce au soutien de SuisseEnergie, de l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV), du Centre catholique romand de formations en Église (CCRFE) et de l’Office protestant de la formation (OPF). Elle a été dispensée pour la première fois en français en automne 2022.
Le processus lui-même comprend dix étapes, qui s’étalent en moyenne sur une année. Elles vont de la constitution d’une équipe de pilotage à l’audit de certification, en passant par la rédaction des lignes directrices, l’établissement d’un état des lieux et la définition des actions prioritaires. Lors de la dernière étape, l’expert externe se rend dans la paroisse pour examiner la documentation qu’elle a préparée, discuter avec ses responsables et visiter les bâtiments. Les coûts de la certification sont normalement compensés en partie par des économies à long terme sur la consommation des ressources. De plus, l’engagement écologique de la paroisse est susceptible de redorer son image.



