
L’Église protestante mandate une étude scientifique
Pour l’EERS, le but premier de la démarche est de s’assurer un traitement scientifique indépendant des abus sexuels et spirituels dans ses murs. Le mandat a été confié à la Haute école de travail social Fachhochschule Nordwestschweiz, en coopération avec la Haute école de travail social Lausanne.
L’étude débutera au mois d’octobre et un rapport définitif devrait être terminé au printemps 2028, puis présenté publiquement. Il contiendra des recommandations scientifiquement fondées dans les domaines de la prévention, de l’intervention, de la reconnaissance et du traitement des abus sexuels et spirituels.
« L’étude poursuit plusieurs buts scientifiques, précise Lorraine Odier, porte-parole du consortium de recherche. Il s’agit d’entendre et rapporter le point de vue des victimes et/ou celui de leurs proches, d’identifier des mécanismes structurels ou organisationnels qui ont pu favoriser ou contribuer à dissimuler des abus sexuels ou spirituels, de dégager les spécificités de l’Église évangélique réformée de Suisse vis-à-vis de ces questions, et enfin de cerner des leviers d’action pour produire des recommandations. »
La participation des victimes se fera sur une base volontaire, dans le respect de la confidentialité et selon une approche sensible à la victimisation secondaire (re-traumatisation). Seront également entendus des personnes employées par l’Église et des spécialistes.
Qu’attendez-vous de cette étude ?
Cynthia Guignard. Nous attendons qu’elle nous permette d’acquérir une compréhension plus fine des dynamiques d’abus au sein des Églises réformées en Suisse, et notamment de leurs spécificités par rapport à d’autres contextes. Cela implique de partir des expériences vécues par les personnes victimes, mais aussi d’identifier et d’analyser les mécanismes et les facteurs structurels ou institutionnels qui ont pu favoriser ces abus, ainsi que, à l’inverse, les facteurs qui peuvent constituer des ressources pour les prévenir et y faire face. Dans cette démarche, il est essentiel pour nous que les personnes victimes ne soient pas uniquement considérées comme des personnes dont on recueille le témoignage, mais également comme des expertes par expérience. C’est pourquoi elles ont été associées à la démarche dès le début, notamment au sein du groupe d’accompagnement de l’étude.
Quels sont les enjeux ?
Un enjeu particulièrement important sera de comprendre les abus spirituels, notamment dans le rôle qu’ils peuvent jouer dans l’instauration d’une relation d’emprise, et dans la préparation ou la facilitation d’abus sexuels. Nous comptons sur l’expérience des instituts de recherche, tant dans l’analyse des dynamiques d’abus que dans leur connaissance des spécificités du contexte ecclésial. Cette étude ne constitue toutefois pas une mesure isolée. Elle s’inscrit dans un dispositif plus large pour la protection de l’intégrité personnelle, et dont le but est d’aller au-delà de réponses ponctuelles pour contribuer à un changement de culture durable au sein des Églises.
À quoi verrez-vous que l’objectif a été atteint ?
Nous considérerons que l’étude aura atteint son objectif si elle ne s’arrête pas au constat, mais nous donne des pistes concrètes pour agir. Nous espérons que les recommandations de l’équipe de recherche nous permettront d’améliorer nos concepts de protection, l’accompagnement et la reconnaissance des personnes victimes, ainsi que la manière dont les situations d’abus sont prises en charge et traitées au sein de nos Églises. En ce sens, un « bon rapport » sera pour nous un rapport qui nous permettra à la fois de porter un regard critique et extérieur sur les situations passées et présentes, et d’améliorer concrètement nos pratiques pour l’avenir.





