
Les Églises perdent moins de membres, mais restent en difficulté
Les départs de l'Église catholique romaine et de l’Église évangélique réformée de Suisse ont encore baissé de manière significative en 2025. Par rapport l’année précédente, les réformés ont enregistré près de 9'000 départs de moins et les catholiques environ 6'300 de moins. Parallèlement, les baptêmes d’adultes ont augmenté dans l’Église catholique.
Mais cela ne suffit pas à absorber la diminution des fidèles en 2025, soit -46'900 pour l’Église catholique (et -15'900 pour l'Église réformée). « Le modèle de relève ne parvient plus à compenser l’érosion des membres », a fait remarquer Stephan Jütte, responsable de la communication de l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS) et membre de la direction. Certes, la migration peut atténuer l’impact des départs, mais elle ne parvient pas non plus à le compenser.
Mécanisme inopérant
Traditionnellement, les baptêmes et les mariages permettent d’assurer la relève. « Ce mécanisme ne fonctionne plus », a poursuivi Stephan Jütte. Le nombre de baptêmes d’enfants a diminué dans les deux Églises (-739 chez les catholiques et -850 chez les protestants), et cette évolution s'inscrit dans une tendance de longue durée. Quant aux mariages, ils ont reculé tant chez les catholiques (-195) que chez les réformés (-229). Ajouté aux départs, le nombre d’inhumations dépasse par ailleurs, et de loin, celui des baptêmes. Bref : « Le moteur de la relève au sein de l'Église s'essouffle ».
Il est connu que les familles sont de moins en moins imprégnées par une tradition religieuse, et cela influence négativement le nombre de mariages religieux, qui à son tour laisse présager « une tendance à la chute persistante des baptêmes d’enfants ». Depuis plusieurs années, la proportion de nouveaux baptisés par rapport au nombre total de nouveau-nés affiche une tendance à la baisse. « Si cette tendance se poursuit sans interruption, les Églises verront leur taille diminuer considérablement à l’avenir », a souligné Stephan Jütte.
Baptême à la carte
En fait, une proportion de plus en plus importante de parents catholiques ne fait plus baptiser leurs enfants. « C’est là que résident les défis auxquels l’Église doit faire face pour évo¬luer », a affirmé Mgr Beat Grögli, évêque de Saint-Gall et responsable des questions pastorales au sein de la Conférence des évêques suisses. On observe une évolution très similaire dans les Églises réformées.
Globalement, le baptême n’est plus automatique ; de plus en plus de parents laissent à leurs enfants le soin d’en décider pour eux-mêmes. D’un certain point de vue, c’est une bonne chose : le choix devient personnel et mûri. Cependant, le nombre brut de baptêmes d'adultes est faible.
Baisse des naissances
Mais pour bien comprendre ce qui se passe, il faut savoir que le recul des baptêmes d’enfants s’explique avant tout par la diminution de la population catholique et réformée : « La part des naissances à partir de laquelle les Églises peuvent s’attendre à un baptême est également en déclin », a relevé Stephan Jütte. En clair, la baisse générale des naissances contribue à faire chuter le nombre de baptêmes religieux.
Concernant les départs, ils ne s’expliquent pas de la même façon dans les deux confessions. Chez les protestants, ils sont principalement justifiés par la sécularisation de la société, c’est-à-dire que l’Église perd en intérêt et en pertinence pour ses membres. En revanche, les départs de l’Église catholique sont davantage motivés « par des aspects singuliers con¬crets et perturbants de la vie de l’Église de ces dernières années », comme les révélations autour des abus sexuels dans le cadre ecclésiastique.
Églises en mutation
« Je n’interprète pas ces chiffres comme un signal d’apaisement, ni comme une annonce de catastrophe, a conclu Stephan Jütte. Ils témoignent d’une Église dont le caractère traditionnel, qui allait de soi, est en train de s’estomper. Depuis longtemps déjà, la question n’est plus de savoir comment rester aussi grands que possible aussi longtemps que possible. La question qui se pose à nous est celle de l’Église que nous voulons être lorsque l’appartenance ne va plus de soi. Une Église qui trouve une réponse convaincante à cette question peut devenir plus petite sans pour autant perdre de son importance. »





