
Ces briques qui forgent nos identités
Il nous arrive de nous dire: «l’identité, c’est comme une maison.» Que ce soit notre identité personnelle, celle d’un pays, d’une culture, d’une religion, d’une Église. Une maison, c’est qui nous abrite, ce dans quoi nous vivons. Une maison c’est le lieu qui accueille les nôtres, ceux de notre famille, de notre sang.
Si l’identité est une maison, alors les briques qui constituent ses murs sont toutes les caractéristiques qui nous définissent. Une brique pour dire ma langue. Une brique pour dire là où je suis né. D'autres briques pour dire à quoi je ressemble. Des briques pour dire ce que je crois: une pour la manière dont j’imagine ce qu’il y a après la mort, une autre pour représenter ce qu’est l’eucharistie pour moi, d’autres encore pour les rites qui me parlent, les mots de mes prières.
D'autre briques encore pour mes coutumes: une brique fondue, une autre papet vaudois, une abbaye de tir, plusieurs pour l’éducation des enfants, d’autres pour la manière dont je m’occupe des aînés…
Bref, vous m’avez compris: autant de briques que de composantes d’une identité. C’est valable pour moi comme pour un peuple comme pour une Église.
Les briques constituent des murs solides. Elles sont ce que l’on voit de l’extérieur. Elles sont nécessaires pour protéger un espace. Elles sont dures, et il arrive que l’on prenne certaines briques qui forment notre identité pour les lancer à la figure de l’autre. Pour tenter de faire tomber les briques de sa propre maison. Les humains sont passés maîtres pour utiliser les briques de leur identité comme objet pour menacer ou détruire la maison de l’autre.
Nous sommes à la fin de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens. Et nous sommes aussi dans le dimanche de l’Église en mission. Deux mouvements qui invitent à faire autre chose de nos briques que de la séparation ou de l’agression. Parce qu’une maison a aussi besoin de fenêtres et de portes.
Quelles sont les fenêtres de notre vie personnelle, de notre communauté, de notre Église?
Pour Ésaïe, dont le peuple faisait face à l’invasion des Assyriens, il s’agit de ne pas laisser l’obscurité et les ténèbres envahir tout le cœur. Une fenêtre, c’est conçu pour laisser entrer la lumière. Ésaïe, replace les fenêtres dans nos maisons: en rappelant les jours de Madian où Gédéon avait vaincu Madian non pas avec ses propres forces mais en plaçant sa confiance en Dieu, Gédéon qui a refusé d’être roi.
Une fenêtre non pas pour surveiller, non pas pour contrôler et diriger comme un roi, mais une fenêtre pour laisser la lumière de Dieu entrer dans les maisons que sont nos cœurs, et vivre de ce mouvement de confiance. Des fenêtres que l’on peut ouvrir pour que le souffle de l’Esprit aère nos intérieurs viciés.
Des fenêtres qui disent: j’ai envie de découvrir ce qui est à l’extérieur de ma maison; me réjouir de ce qui est dehors de chez moi. Goûter d’autres paysages, d’autres visages, d’autres habitations. Ne plus être uniquement Zabulon ou Nephtali, comme dit Ésaïe, mais devenir route de la mer, pays au-delà du Jourdain, Galilée des nations. Aucune maison ne pourrait être faite que de fenêtres, mais plus il y a de fenêtres, plus la lumière peut entrer.
Et des portes à ouvrir dans les maisons de nos identités: ouvrir pour accueillir l’autre, lui dire bienvenue, viens visiter chez moi et découvrir qui je suis au-delà des apparences que sont mes murs de briques. Et des portes à ouvrir pour sortir de nos maisons confortables et partir en visite soi-même. Découvrir, rencontrer l’autre. L’autre humain, l’autre culture, l’autre peuple, l’autre confession, l’autre religion.
Bien entendu, nos maisons sont importantes et nos murs ont besoin d’être solides pour nous protéger du mal. Mais n’oublions pas les fenêtres et les portes. N’oublions pas l’importance d’être unis, solidaires, attentifs les uns les unes aux autres. Faisons taire nos «moi je» et nos «toi tu». Le Christ est-il divisé?
Remplaçons-les par des «raconte-moi» «raconte-toi». Ta foi, ta liturgie, ce qui compte pour toi dans tes rites, d’où tu viens, ce qui t’a construit, tes peurs, tes rêves, tes joies, tes tristesses. Raconte. Parce que quand je t’écoute vraiment, je suis prêt à enlever quelques briques du mur de ma maison pour les remplacer par celles que tu m’offriras.

