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Lignes directrices des Eglises suisses sur l'IA
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Lignes directrices des Eglises suisses sur l'IA
Lignes directrices des Eglises suisses sur l'IA

Déclaration œcuménique sur l’usage de l’IA

16 octobre 2026
 
5 min de lecture
Les Églises en Suisse ont conjointement élaboré dix lignes directrices qui proposent des repères pour une utilisation responsable de l'intelligence artificielle. Elles seront présentées le 20 octobre à Zurich. Explications.

Le plus grand danger de l’intelligence artificielle, c’est que les êtres humains renoncent à assumer leur responsabilité d’en faire un usage raisonnable. Que ce soit par résignation ou par commodité, le risque est de capituler. Tel est, en substance, le message véhiculé par les lignes directrices communes établies par l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS), la Conférence des évêques suisses (CES), l’organisation faîtière Freikirchen.ch, l’Église catholique-chrétienne de Suisse et l’Alliance évangélique suisse (AES).

« En tant qu’Églises chrétiennes, nous ne voulons pas nous contenter d’observer les bouleversements provoqués par l’IA, mais saisir nos opportunités d’action, avec la conviction que notre voix commune a du poids et peut faire la différence », commente Manuel Schmid, responsable du Centre de compétences Théologie et Éthique, organe de l’EERS. « La foi chrétienne ne considère pas la technologie comme une fatalité ni comme une rédemption, mais comme un moyen de façonner le monde en assumant nos responsabilités devant Dieu et les hommes », précise-t-il.

Ghost in the machine

Rédigées en premier lieu à l’attention des institutions ecclésiastiques, des paroisses et des communautés et œuvres ecclésiales, ces lignes directrices sont également censées enrichir le débat public. Elles seront présentées le 20 octobre à Zurich lors d’un colloque intitulé « Ghost in the machine », mais sont déjà accessibles sur le site menschlichkeit-digital.ch.

Mais que disent-elles ? Essentiellement que l’homme n’est pas une machine – il est bien plus que ses données personnelles ; que les relations humaines se nourrissent d'expériences physiques ; que l’éducation et le développement personnel ne peuvent pas être délégués à la machine ; que la culture du discernement, de la vérification et de la transparence doit être stimulée ; que le pouvoir numérique doit être encadré et que la responsabilité écologique s'applique à l’IA.

Un leitmotiv

Dans cette déclaration de 19 pages, un argument revient comme un leitmotiv : l’IA présente des bons et des mauvais côtés ; tâchons de trier le bon grain de l’ivraie. Par exemple, des analyses anonymisées réalisées grâce à l’IA peuvent permettre de détecter précocement le besoin d’accompagnement et d’orienter de manière plus équitable les offres pastorales, diaconales et sociales. Cependant, les systèmes d’IA posent problème s’ils traitent ces données sans protection suffisante, ou s’ils les utilisent à d’autres fins.

Autre exemple : si les technologies numériques élargissent considérablement les possibilités de communication, certaines applications comportent le risque de remplacer les échanges interpersonnels. En conséquence, « une mission centrale des Églises et de leurs œuvres reste de garantir du temps, une écoute attentive et des lieux protégés où les personnes peuvent poser leurs questions et exprimer ouvertement leurs difficultés, leurs craintes et leurs doutes », lit-on dans la déclaration.

Débat polarisé

Pareil pour ce qui est de l’éducation et du développement personnel. Les applications d'IA peuvent être utiles dans ce domaine, tant qu'elles stimulent la pratique, l'apprentissage et la capacité de jugement. Mais leur effet positif s’inverse lorsque nous cherchons à nous épargner des efforts pour trouver des solutions. L’essentiel est donc de déterminer quand l’IA nous incite à négliger notre propre réflexion.

Les Églises signataires relèvent également que l’IA polarise les débats : les uns la célèbrent comme porteuse de promesses pour l’amélioration de leur confort, les autres y voient l’annonce d’un pouvoir oppressant. Mais ces visions opposées masquent le véritable défi actuel : façonner les évolutions technologiques de manière responsable. C’est ici que l’espérance chrétienne prend tout son sens : « Nous pouvons exploiter leurs possibilités là où elles facilitent le travail, ouvrent l’accès au savoir et profitent aux êtres humains, tout en restant conscients de leurs limites et des dangers liés à leur utilisation », indique Manuel Schmid.

Dégâts écologiques

De plus, les Églises suisses demandent que l’utilisation et l’encadrement des systèmes d’IA fassent l’objet d’une négociation publique et politique. En tous les cas, les décisions ayant des conséquences importantes pour les individus concernés ne doivent pas être prises de manière entièrement automatisée ; elles exigent une responsabilité humaine, une traçabilité et la possibilité de faire opposition. Cela vaut également pour l’activité et les œuvres des Églises. Ainsi, ce qui relève du secret pastoral n’a pas sa place dans un système d’IA, et le profilage assisté des personnes en quête de conseil ou d’aide non plus.

Sur le chapitre de l’écologie, la déclaration appelle à une prise de conscience. L’entraînement et le fonctionnement des grands modèles d’IA consomment d’énormes quantités d’électricité et d’eau de refroidissement ; les puces et les appareils nécessitent des matières premières rares ; l’utilisation croissante des technologies numériques fait encore augmenter les volumes de déchets électroniques et bon nombre des coûts environnementaux sont externalisés vers des régions pauvres.

En fin de compte, il ne s'agit pas de tenter d'arrêter le progrès technologique, mais de le soumettre à la discussion « pour éviter de laisser son orientation au hasard, à la recherche du profit des grands groupes ou aux visions de quelques milliardaires du secteur technologique », selon les Églises. À leurs yeux, cela ne pourra réussir que dans le cadre d’un processus de concertation pluraliste, animé de débats et de conflits, au cours duquel s’exprimeront des expériences, des parcours, des intérêts et des visions d’avenir divergents. « Confiants en la présence de Dieu, les chrétiens peuvent opposer à la peur généralisée une espérance fondée : celle d’un avenir où ce ne sont pas les êtres humains qui sont au service de la technologie, mais la technologie qui est au service des êtres humains », concluent-elles.