
« On essaie de dépoussiérer le culte »
Son parcours professionnel doit beaucoup à son talon d’Achille. Sa vocation pastorale, qui ne faisait aucun doute pour elle, a été longtemps contrariée : par sa mère, qui l’a poussée vers le métier d’infirmière – elle s’en excusera lors de sa consécration –, par l’Eglise méthodiste de France, dans laquelle elle a grandi et qui peinera à lui confier des responsabilités, et même par le concours d’entrée à l’école d’infirmière, trop bien réussi.
« J’ai eu un parcours en zigzag. J’avais fait le pari avec Dieu de devenir infirmière si je passais avec succès le concours d’entrée. C’est le seul examen de ma vie que j’ai si bien réussi. J’en étais très malheureuse. D’ailleurs, mes paris avec Dieu ne se sont pas toujours terminés comme espéré… » explique Esther Berger.
Sa chance ? Une rupture du talon d’Achille neuf mois plus tard et une opération ratée. Elle a à peine 21 ou 22 ans et boîte : le métier d’infirmière – et les longues heures passées debout – n’est plus possible. La Neuchâteloise d’adoption travaillera tout de même en tant qu’aide-soignante durant sept ans pour financer ses études de théologie. « Le côté accompagnement spirituel me manquait. »
Esther Berger n’est donc pas devenue la première femme pasteure au sein de l’Eglise méthodiste de France, bien que sa vocation ait été validée. Seules des tâches (très) subalternes lui étant confiées lors de son stage, elle démissionne. « Je voulais être confrontée au ministère, ça n’a jamais été le cas. » Elle rejoindra l’EREN, devenant réformée après avoir été méthodiste puis luthérienne durant ses études de théologie à Strasbourg.
Après son stage à Peseux, elle est nommée pasteure à La Chaux-de-Fonds. Petite surprise à sa première visite, en juin 2006 : il y avait de la neige dans la rue. Elle réalise aussi que le canton est composé d’un haut et d’un bas, avec des tensions entre les deux… Dans la capitale horlogère aussi, elle doit s’affirmer, en douceur. Elle est pasteure et non femme de pasteur : c’en est fini des tartes préparées pour les séances et des géraniums décorant les fenêtres.
Esther Berger sera tout de suite impliquée dans la catéchèse et de tous les camps de catéchisme. Dix ans plus tard, elle est nommée contre son gré à la paroisse Val-de-Ruz. « Je m’y suis vite acclimatée et j’y suis très bien. Tout est fluide avec l’équipe ministérielle. On se fait confiance et on a une grande liberté. Nous avons proposé des ‹ célébrer autrement › le samedi à 18h. On essaie de dépoussiérer le culte, d’en faire avec les jeunes plusieurs fois par année, de faire bouger les lignes sans faire craquer les frontières. Même dans un temple ; il est possible de sortir du cadre. J’aime les prédications farfelues. Les paroissiens sont ouverts à cela et le Conseil nous fait confiance, c’est très appréciable. »
Modératrice du colloque, elle aime notamment prêcher et préparer des cultes avec les jeunes. Depuis dix-huit mois, elle partage sa vie professionnelle entre la paroisse et le SIAJ. « Je suis contente de cet équilibre. La paroisse est un terreau dans lequel je me nourris et où je peux échanger. J’apprécie le repas-raclette de janvier, les repas spaghetti et après-midi jeux mensuels… durant lesquels on finit toujours par parler de spiritualité. »
Figure incontournable du Synode – depuis 2008, elle a été députée de sa paroisse, au Bureau (2010), présidente (2019-2023) puis à nouveau députée –, Esther Berger aime avoir cette vision d’ensemble et ce sentiment de « marcher les uns avec les autres » et de « tirer à la même corde même si cela peut être compliqué ». C’est ce qu’elle vit notamment avec le SIAJ, où le défi de mettre les choses en place prend du temps. Ce qui lui coûte le plus ? Dire non ! « Quand je sens qu’il y a un enjeu humain, j’ai de la peine à ne pas y aller ! »





