
Migrants : Plus de 72'000 personnes décédées sur des chemins de fuite vers l’Europe
Basihr Monad Alquassoum, mort de cause inconnue ; sa dépouille et ses affaires ont été retrouvées en Biélorussie, près de la frontière polonaise. Abel Okubor, mort d'une crise cardiaque à l’âge de 37 ans, trouvé mort dans son lit dans un centre de détention pour rapatriement près de Brindisi, en Italie. Foued Bjeoui, disparu en voulant nager du Maroc jusqu’à l'enclave espagnole de Ceuta. Oussama Hamham, tué par balles par un garde-côtes algérien sur un bateau parti pour l'Espagne. Abdi Abdullahi Ibrahim, probablement noyé en voulant rejoindre l’Italie a bord d’un bateau disparu dès son départ de Zuwara, en Libye.
Ce ne sont là que quelques-uns des 72'000 individus qui ont payé de leur vie depuis 1993 leur tentative désespérée de trouver refuge dans un pays après avoir fui le leur, où ils n’étaient plus en sécurité. Ils voulaient échapper à la guerre, aux conflits violents, à la répression ou aux persécutions.
Pour qu’on ne les oublie pas
Cette année, en lien avec la Journée internationale des réfugiés qui aura lieu le 20 juin, diverses manifestations seront organisées dès la mi-juin, dont l’action « Les nommer par leur nom », en hommage aux migrants qui ont péri sur des chemins périlleux d’exil, sur la mer Méditerranée, dans la Manche ou sur l’Atlantique entre l’Afrique et les îles Canaries, par exemple. « Cette action est d’une part un deuil, d’autre part une protestation contre l’inaction et l’indifférence des autorités politiques face à ce drame, déclare Pierre Bühler, porte-parole de l’action « Les nommer par leur nom ». Nous voulons rappeler les milliers de décès pour qu’on ne les oublie pas. »
Dix villes suisses participent à cette action : Bâle, Berne, Coire, Genève, Lausanne, Lucerne, Neuchâtel, St. Gall, Thoune, Winterthour et Zurich, plus huit villes allemandes, dont Berlin et Dortmund. En parallèle aux expositions, concerts et autres événements organisés à cette occasion dans ces villes, les organisateurs entendent récolter des signatures pour une pétition demandant aux autorités helvétiques de ne pas refouler les personnes qui sont déjà en Suisse vers d’autres pays où elles seraient mises en danger.
Des chiffres imprécis
Il existe plusieurs statistiques sur les personnes décédées pendant leur fuite vers une terre d’asile, constituées selon des critères variés et plus ou moins précis. « Chaque année, depuis 1993, nous recevons une liste avec des noms de personnes décédées et les circonstances de leur disparition, explique Denise Graf, également porte-parole. C'est une association en Hollande qui tient à jour et actualise cette liste et qui nous la transmet. Elle comprend les nouveaux décès, mais aussi les décès d'années précédentes qui n'avaient pas encore été recensés. » Des bénévoles inscrivent ensuite les noms des intéressés sur des banderoles. Celles-ci seront visibles à Neuchâtel dès la mi-juin, où elles seront accrochées au Péristyle de l’Hôtel-de-Ville et à la Passerelle de l’Utopie.
À l’heure actuelle, environ 122 millions de personnes sont en fuite dans le monde. La plupart parviennent à se protéger dans leur propre pays ou trouvent refuge dans un camp de réfugiés d’un pays voisin. Cependant, les individus en fuite doivent chercher des chemins d’exil toujours plus dangereux. Sur la base du régime d’asile européen commun (RAEC) qui entre en vigueur avec de nouveaux durcissements à la mi-juin, il y a en effet de moins en moins de personnes qui parviennent dans des pays comme la Suisse ou l’Allemagne, tandis que celles qui périssent sur les chemins d’exil vers l’Europe sont de plus en plus nombreuses. Elles décèdent sur des bateaux inaptes à la navigation, suffoquent dans des camions, meurent de faim et de soif dans le désert ou restent grièvement blessées dans les forêts aux frontières extérieures de l’Europe. Cette année pourrait s’avérer parmi les plus meurtrières.
Que font les Églises protestantes pour les réfugiés ?
L’aide de l’Église évangélique réformée de Suisse (EERS) aux réfugiés passe par un accompagnement diaconal dans les paroisses, des offres de rencontre et de soutien social, des cours de langue, ainsi qu’une aide matérielle et d’intégration. De plus, l’EERS propose une aumônerie dans les centres fédéraux d’asile, offrant aux requérants d’asile une présence confidentielle et indépendante, ouverte à toute personne, quelles que soient son origine, sa religion ou sa vision du monde. À l’occasion de la Journée des réfugiés, l’EERS fournit aux paroisses des informations et du matériel pour les cultes et la vie communautaire.
Quelques chiffres
En 2025, 7 382 personnes ont obtenu l’asile en Suisse. Comme l’année précédente, le nombre des nouvelles demandes d’asile a reculé : il s’est élevé à 25 781, soit quelque 7 % de moins qu’en 2024. L’Afghanistan a de nouveau été le principal pays de provenance des requérants d’asile, suivi de l’Érythrée et de la Turquie.
Le changement de régime en Syrie a fait tomber le nombre de demandes d’asile déposées en Europe par des ressortissants syriens de 160 000 à environ 45 000. Ce changement n’a eu pratiquement aucune conséquence pour la Suisse, car la diaspora syrienne y est relativement peu nombreuse.
Pour l’année 2026, le Secrétariat d’État aux migrations table sur 25 000 nouvelles demandes d’asile. Ce nombre dépendra largement de l’évolution de la situation en Turquie et sur la route migratoire passant par la Méditerranée centrale.



