
Dieu à genoux!
Au soir du jeudi saint, Jésus de Nazareth vient témoigner d’un Dieu qui, au comble de l’humilité, se place à genoux, aux pieds de l’humanité tout entière. Dieu acceptant de mordre la poussière avec les terreux que nous sommes. Pourtant, Paul aux Philippiens 2,9 disait de lui: «C’est pourquoi Dieu l’a souverainement élevé et lui a accordé le nom qui est au-dessus de tout nom, pour qu’au nom de Jésustout genou fléchisse dans les cieux, sur la terre et sous la terre et que toute langue reconnaisse que Jésus-Christ est le Seigneur à la gloire de Dieu, le Père.» Comment comprendre ce paradoxe, ce renversement de posture, où Jésus de Nazareth atteste la Victoire de Dieu… à genoux? Aujourd’hui, tout comme hier, quelle folie! Dans ce monde où la loi du plus fort règne, où les puissants nourrissent leur ego et écrasent les plus fragiles.
Dans ce monde où la gloire personnelle est sans cesse mise en avant, où le pouvoir de l’argent est sans limites. Quelle folie de placer sa confiance en un Dieu, qui refuse d’entrer dans le bras de fer du pouvoir implacable! Qui prône le bonheur à ceux qui sont persécutés pour la justice! Dieu est-il silencieux et indifférent devant les hurlements du monde et la souffrance de ses enfants? Lors du rituel du lavement des pieds, Dieu vient nous interpeller et nous questionner sur la vision que nous avons de lui.
Il vient réveiller ce qui nous tiraille et peut être occasion de chute pour notre foi. Peut-on croire à la Toute-Puissance de l’Amour divin, alors que le monde qui nous entoure part à vau-l’eau? Peut-on faire le pari de la foi, qui au contraire d’un aveuglement, ouvre à la clairvoyance de la justice selon Dieu, révélée par Jésus de Nazareth au soir du jeudi saint? Dieu à genoux qui prend soin de nos pieds afin qu’ils puissent continuer le pèlerinage, auquel nous sommes invités, sur nos routes humaines. Tantôt désert ou oasis, montagne escarpée ou plaine luxuriante, parfois exil et vie d’errance, parfois havre de repos et de paix.
Dieu à genoux, là, au plus bas de notre existence, prenant soin de toutes nos pauvretés: matérielle, affective, spirituelle,existentielle; fortifiant avec délicatesse nos pieds, afin qu’ils ne vacillent pas au cours de notre périple terrestre.
C’est ce Dieu à genoux, Dieu serviteur, que nous sommes appelés à contempler en ce jeudi saint. Lui qui, par ce geste, veut nous équiper de sa présence, en nous offrant son Amour Tout-Puissant au fil des jours. Et si Dieu à genoux était l’acte de résistance ultime de l’Amour, que chaque disciple du Christ est invité à poser, avec foi et conviction, en opposition à la violence, à l’injustice, àl’impuissance?



