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Temple de Saignelégier

Écouter le culte

Eternelle question qui vient frapper à la porte de nos cœurs lorsque nous nous heurtons aux absurdités de l’existence, lorsqu’en réponse aux désespoirs seul résonne le silence, lorsqu’il semble impossible de repérer une quelconque trace d’une divine Présence. Peut-être la réponse sera-t-elle un peu décalée ? Peut-être le dilemme de la question n’est-il pas si tranché? Avec ce récit d’Epreuve et Querelle, parions que nous aurons de quoi méditer… 

Prédication

Référence(s)
Exode
Chapitre
17
Versets
1
à
7
Jean
Chapitre
4
Versets
5
à
14

Dieu est-il au milieu de nous, oui ou non ? 

C’est l’éternelle question qui habite le cœur des humains, lorsque la vie devient trop absurde, au point de se sentir perdre pied, ou si la peur ébranle les socles de confiance, ou encore quand seul le silence et l’absence semblent répondre à nos prières. Il est des circonstances où il devient difficile voire impossible de repérer une présence divine. 

Mais en d’autres circonstance, par exemple lorsque les choses se mettent en place harmonieusement - indépendamment de notre intervention, cela donne l’impression que oui… 

Dieu est-il au milieu de nous, oui ou non ?

Cette question se pose aux israélites avec virulence quand ils manquent d’eau.

Pourtant, ils ont déjà eu des signes de la présence et du secours de Dieu, comme dans le récit précédent, avec le don de la manne. Mais la question résonne à nouveau, et résonnera encore et encore tout au long de leur marche dans le désert. 

Parce que les difficultés persistent : une fois l’une surmontée, voilà qu’une autre arrive… et cela donne cette impression que ça n’en finit pas… 

On connaît certainement ce sentiment lorsque l’on vient gravir une montagne de difficultés et que l’on aimerait tellement souffler un peu… et voici que la suivante se profile, et l’on se demande si cela va se terminer une fois ! 

Les israélites, donc, s’interrogent pour savoir si Dieu agit en leur faveur ou non. Le récit ne livre pas de réponse explicite ; certes, il suggère que le peuple comprend que Dieu répond et qu’il est aidant - mais n’empêche qu’il nous laisse avec cette question en suspens !

En plus, le nom donné à l’endroit porte la marque d’un vécu difficile : Massa et Meriba, Epreuve et Querelle ! Mise à l’épreuve de Dieu, querelle avec Moïse. – 

Mais franchement, si vous ou moi avions dû donner un titre à cet épisode, n‘aurions-nous pas choisi de mettre l’accent sur l’issue positive de ce récit ? Avec un titre comme : le Seigneur répond, Le miracle du rocher, l’eau qui jaillit, etc… Un tel nom aurait mis le focus sur le don de vie et la solution au problème du manque d’eau. Car après tout, l’épisode se termine bien : l’eau jaillit, signe que Dieu est là, le peuple étanche sa soif, et sauve ses enfants et ses troupeaux, et Moïse sort renforcé dans son rôle de chef. Car il jouait gros, il risquait sa vie dans cette crise, et voilà que finalement il peut être considéré comme un bon guide ! Tout va bien ! Eh bien non : non, puisque le mot de la fin dit : Epreuve et Querelle. Visiblement, il est important de garder une trace de la contestation. 

Pourquoi ? Pour que le peuple se souvienne d’avoir râlé ? Mais il n’y aucun reproche adressé au peuple, aucune trace de colère de Dieu ou de Moïse non plus.

Epreuve et Querelle donne donc plutôt à penser que cette force de contestation joue un rôle dans la marche du peuple, dans son chemin de vie, dans son évolution, dans son chemin de foi.  

Cette contestation paraît d’autant plus légitime qu’elle concerne un besoin vital. : La soif risque de faire mourir le peuple, y compris les animaux et les enfants, victimes innocentes qui n’ont rien choisi. Même si chaque vie humaine qui part trop tôt est un drame, le scandale de la souffrance des innocents est depuis toujours ressentie de manière exponentielle : elle est absolument inacceptable et incompréhensible. Elle provoque une contestation parfaitement légitime !  Comme la plupart des contestations, d’ailleurs ! 

Cette contestation pousse Dieu à agir - mais d’une certaine manière… qui n’est pas inintéressante – comme nous allons le voir.

Premièrement, quand Dieu répond en passant devant Moïse et les anciens, il est dit qu’il se tient devant eux. Or, se tenir devant, dans le langage biblique, c’est adopter une position inférieure. Normalement ce sont toujours les humains qui se tiennent devant Dieu, ce n’est pas Dieu qui se tient devant les humains, mais, ici, Dieu lui-même se positionne en inférieur… surprenant ! Est-ce que cela suggère une forme d’humilité ? Un Dieu qui au moment où il va montrer sa puissance, s’abaisse, qui se met au service  de…? Cela est surprenant, se situe mais dans la même ligne que l’attitude et les paroles de Jésus, quelques siècles plus tard.

Deuxièmement, il est dit que Dieu se tient sur le rocher de l’Horeb. La mention de ce rocher de l’Horeb nous renvoie à un autre récit : sur ce même rocher, quelques chapitres plus loin, en Exode 33, Dieu, à la demande de Moïse, passera devant ce dernier qui ne pourra le voir que de dos (Dieu cachera Moïse dans le rocher puis Moïse peut le voir de dos). C’est une manière poétique d’exprimer que la présence de Dieu ne se voit que dans l’après-coup ; et comme lorsqu’on voit quelqu’un de dos, il faut un peu deviner s’il s’agit bien de la personne que l’on pense avoir identifiée !

Troisièmement, quand Moïse tape avec son bâton, que l’eau jaillit, et que le peuple peut étancher sa soif, c’est bien la puissance de vie du Dieu libérateur et sauveur qui se manifeste…

Mais… si l’on a l’occasion de marcher dans le désert du Sinaï, l’on découvre que des poches d’eau se forment sous les rochers, et que si l’on tape, de l’eau coule, et les bédouins le savent, et on peut le voir… Le récit prend une autre dimension : l’eau qui jaillit manifeste certes que Dieu donne la vie, qu’il le peut, qu’il le veut, mais ce don de vie extraordinaire, se passe en fait dans l’ordinaire que l’on ne connaît ou ne reconnaît pas, ou pas encore ! 

Ainsi, Dieu donne la vie et sauve de la soif, avec ce qui existe déjà dans la nature., et par un intermédiaire humain. Voilà qui ouvre des perspectives infinies - d’une part sur la foi qui nous a faire regarder la vie avec bien plus d’attention… Et d’autre part sur l’attention à la nature, cette nature tellement complexe, qui évolue à travers des systémiques qui interagissent de manière subtile, des équilibres incroyables, et tant de possibles encore à décrypter. Ainsi se dégage de ce récit une vision de Dieu qui est assez fort pour accepter la mise à l’épreuve, qui est assez fort pour adopter une attitude humble, et qui est assez fort pour ne pas craindre d’agir à travers un intermédiaire et à travers les ressources de la nature à portée de mains. 

Si Dieu est au milieu de son peuple, sa présence et son agir restent à déchiffrer, à découvrir, à reconnaître…

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Nourris de ces réflexions, nous voilà prêts à revenir à nous : aujourd’hui… Dieu est-il au milieu de nous, oui ou non ? Ça dépend, ai-je envie de répondre- et pas parce que je suis vaudoise d’origine ! Cela dépend de quelle présence de Dieu on parle. Car Il y a plusieurs manières de concevoir la présence de Dieu au milieu de nous : 

On peut penser à une présence directe, immédiate, tangible. Dieu est partout, il s’occupe de tout, Il gère tout, il se mêle de tout.

Dans une telle vision, on va tout lui demander – pour qu’il résolve tout ! On va lui demander… une place de parc libre, de retrouver les clés qu’on a perdus, plus grave _ de guérir nos maladies, de résoudre nos grands et petits problèmes quotidiens. Cette manière d’envisager sa présence va inévitablement provoquer des crises ! Car en maintes occasions ce système ne fonctionnera !

a) Ou bien Dieu est vu comme l’énergie créatrice à l’origine de la vie de notre terre, qui a ouvert pour le monde et l’humanité des possibilités de développement immense, bénéfiques et /ou mortifères…
Dans ce modèle, Dieu, ayant fait ce monde, le laisse tourner selon ses propres lois, ses propres choix. Cette vision peut prendre des nuances différentes :  
-    soit Dieu se retire complètement du monde pour laisser le monde exister ; la terre tourne et les humains agissent. Là Dieu est presque totalement absent, cela devient assez indifférent qu’il existe ou non…  
-    soit Dieu laisse le monde et l’humanité vivre leur vie, mais en restant concerné par ce qui arrive, un peu comme dans la chanson de Francis Cabrel « Dieu est assis sur le rebord du monde, et pleure de voir ce que les hommes en ont fait » . Dieu continue à porter le monde avec bienveillance, à le tenir dans ses mains, comme un support de sécurité 
Une telle vision de sa présence est source de confiance.
b) Ou encore Dieu est comme une Energie qui traverse le monde, une puissance créatrice, tournée vers la vie, un souffle, libre, insaisissable, qui passe et qui inspire les vivants. Personne ne maîtrise son action qui nous échappe toujours. Sa présence est ici liberté, respiration, ouverture, inspiration…
c) Pour les chrétiens, Dieu a pris visage humain dans la personne de Jésus le Christ, l’homme qui a su parler de Dieu sans obstacles…lui que l’on a appelé l’Envoyé, le Fils. L’important dans cette vision des choses est le lien personnel avec Dieu, avec Jésus, ainsi que les liens qui se tissent avec les autres humains, qui tous reflètent la présence divine. 
d) Ou enfin Dieu est tellement intime à soi-même, qu’il est comme une part intérieure – le meilleur de ce qui nous habite dans le secret du cœur, une source qui jaillit en eau vive toujours nouvelle. Dans ce cas, il sera souvent nécessaire de désencombrer l’accès à la source intérieure pour la laisser couler, et devenir source de vie intarissable. 
 

Ces manières de voir Dieu ne sont pas forcément exclusives les unes des autres : elles peuvent se compléter, ou se succéder au cours d’une vie… Mais on saisit bien que la présence de Dieu au milieu de nous sera perçue différemment selon la vision que l’on a de Dieu  …
Alors à la question : Dieu est-il au milieu de nous, oui ou non ?
Je préférerais nous demander : comment Dieu est -il au milieu de nous ?
De fait, les crises de vie, personnelles, communautaires, mondiales, obligent à chercher de nouvelles réponses. Avec de nouvelles nuances. Avec un nouveau visage de Dieu inédit et toujours à découvrir.
C’est pourquoi l’épisode Épreuve et Querelle est tellement précieux à notre mémoire. C’est que la contestation - qui émerge en général d’une situation difficile - marque une étape positive pour avancer sur son chemin de vie, sur son chemin de foi. Avec la découverte inattendue de ce Dieu invisible, si vaste et pourtant devenu si proche.

Amen