
C’est dans la Collégiale de Neuchâtel qui fête les 750 ans de sa consécration, que sera célébré le culte protestant de Pâques.
La célébration est présidée par le pasteur du lieu, Florian Schubert, accompagné de la diacre Ruth Letare. Un culte de Pâques articulé autour de la foi comme lieu ressource face à la lourdeur du monde et face aux souffrances, porté par des pièces du Messie de Haendel, interprétées par un ensemble instrumental, un chœur et une soprano.
Prédication
(Ruth Letare)
L’âme humaine a en elle un immense potentiel de vie et de profondeur. Pourtant, l’âme d'aujourd'hui peut être tellement déserte que l’on meurt de soif ! En Occident, on tend parfois à se débarrasser du spirituel, à éliminer la place qu'il occupe et à le rendre inaudible. Ainsi l’âme est devenue une espèce à protéger ! Comme le disait Saint-Exupéry : « il n'y a qu’un problème, un seul, de par le monde. Rendre aux hommes, une signification spirituelle. Des inquiétudes spirituelles. Redécouvrir qu'il est une vie de l'esprit plus haute encore que la vie de l’intelligence… Terre des hommes, qu’as-tu fait de ton âme ? » A cette grande question, bien actuelle, Pâques nous ouvre à cette réflexion.
Au verset 2 nous lisons, « Et voilà qu'il se fit un grand tremblement de terre » : la résurrection du Christ n’est pas seulement un évènement historique, qui se vit à l’extérieur de nous, sur nos calendriers. Mais une rencontre intérieure qui peut venir tout ébranler en nous… parfois brusquement, parfois dans une profonde sérénité. Elle vient bousculer nos repères, nous remettre en question et nous surprendre, à l’image des deux Marie qui se rendaient en ce lieu, ignorantes, encore du rendez-vous qui les attendait.
Et alors que nous étions là, sagement assis sur nos certitudes existentielles, comme cet ange paisiblement installé sur cette pierre, le ressuscité nous interpelle personnellement. Il semble nous dire : « Que fais-tu donc là l’endormi ? Pourquoi ne vis-tu qu’à moitié ? »
Pour ne plus vivre qu’à moitié, dans une demi-mort ou une demi-vie, l’âme a besoin de remonter à la surface et retrouver cette moitié perdue.
En tant qu’ancienne infirmière, je me suis souvent interrogée sur la santé de l’humain. L’être humain est en bonne santé lorsqu’il est en santé spirituelle, lorsqu’il vit en alliance avec Dieu. Sans cette âme reliée au créateur, l’humain se flétrit, s’épuise et devient homme de sable, sans boussole ni direction. Mais en se tournant vers Dieu, en se laissant trouver et aimer par Lui, il devient véritablement homme ou femme de l’aube : un être humain debout, complet.
La foi au Christ est une véritable greffe de vie !
La terre peut trembler en nous, mais ces brèches sont nécessaires pour que la vie se fraye un chemin. Ne ressemblons pas à ces gardes, qui eux aussi étaient bouleversés mais se sont figés, au point de sembler morts. Ouvrons notre cœur, sans nous crisper, sans bétonner notre âme. Et accueillons les mains grandes ouvertes, ces réserves de vie que Dieu veut nous donner généreusement et abondamment.
Nous pourrons alors dire comme dans ce psaume 28 « j’ai reçu aide, ma chair a refleuri ! » : en d’autres mots, le salut c’est la santé ! En se laissant greffer à Dieu, l’être humain reçoit beaucoup : son âme n’est plus fermée, asphyxiée dans un tombeau, elle respire enfin. Notre cœur, auparavant lent à croire, désorienté, dur comme la pierre, ressuscite, il refleurit. Il devient un cœur de chair, capable de ressentir, de voir, d'aimer.
Nos désirs sont vivifiés, transformés, comme ces deux femmes, dans ce texte qui sont passées du désir de constater la mort au désir d’annoncer la vie. Notre cœur est nourri, irrigué, rencontré. Nous entendrons alors ce bonjour, ce salut personnel du Christ, comme au verset 9 « Et voici que Jésus vint à leur rencontre et leur dit : Je vous salue. » Être salué personnellement par le Maître de la vie, être vu, reconnu, se savoir attendu… voilà ce qui transforme l’humain.
Éveillés, devenons à notre tour également des éveilleurs d’âme ! Invités par la grâce, invitons à notre tour la vie ! Devenons chaque jour celui ou celle en qui Dieu se raconte.
(Florian Schubert)
Oui, l’âme humaine est faite pour vivre dans un horizon plus grand. Elle n’est pas faite pour être enfermée dans la peur et dans la mort, mais pour s’ouvrir à l’espérance.
C’est d’ailleurs l’un des témoignages que nous ont laissés nos ancêtres à travers ces grandes églises, comme la Collégiale. Lorsque nous entrons dans un lieu comme celui-ci, nous sommes saisis par l’espace, par la lumière, par la beauté de ces voûtes élevées vers le ciel. Ce n’est pas seulement de l’architecture : c’est une manière de nous rappeler que notre vie est appelée à s’inscrire dans quelque chose de plus vaste. Ces murs, ces voûtes, ces ouvertures vers le ciel nous disent silencieusement que l’être humain n’est pas fait pour vivre enfermé dans la peur ou dans l’étroitesse de ses soucis. Il est appelé à chercher le beau, le juste et le vrai, à vivre dans un horizon large et ouvert, comme cet espace qui nous entoure. Car l’espérance de la résurrection nous donne une certitude : nous ne sommes pas des condamnés à mort, mais des appelés à la vie. Dans l’aube de ce jour nouveau, le tombeau est ouvert. Il devient, en quelque sorte, un passage : un espace qui s’ouvre sur un au-delà, sur une vie plus grande que la mort.
Et cette annonce fait encore autre chose, elle crée aussi le « Nous » du peuple de Dieu. Car la résurrection crée quelque chose de nouveau : une communauté.
Jusqu’ici, ceux qui suivaient Jésus étaient des disciples. Des élèves, des suiveurs. Mais dans notre passage, Jésus emploie un mot nouveau : « Allez annoncer à mes frères et soeurs… »
Mes frères et soeurs
La résurrection transforme les disciples en frères et sœurs. Elle crée une famille. Une communauté rassemblée par la victoire de Dieu sur la mort.C’est là que commence quelque chose d’immense. On pourrait dire que la résurrection est le grand Big Bang du christianisme. La détonation initiale. L’événement à partir duquel tout commence à se répandre. Avant cela, il y a un petit groupe d’hommes et de femmes effrayés. Après cela, il y a une chaîne de témoins qui traverse les siècles.
Les femmes courent annoncer. Les disciples annoncent à leur tour. Les premiers chrétiens vivent cette espérance, meurent pour cette joie et la transmettent néanmoins. Même face à leurs bourreaux, ils répètent : Le Christ est ressuscité, la vie est plus forte que la mort. Et de génération en génération, la flamme passe.
Cette chaîne de témoins nous a portés jusqu’ici. Jusqu’à nous. Jusqu’à ce matin. Jusqu’à vous qui célébrer avec nous derrière vos écrans. Jusqu’à cette église dont chaque vitrail et chaque pierre témoignent de la foi. Nous voyons ici la trace de cette chaîne de témoins. Des générations de croyants qui ont reçu cette nouvelle et qui l’ont transmise.
Comme les femmes au matin de Pâques, ils ont été saisis, enflammés par l’annonce. Et maintenant, la chaîne arrive jusqu’à nous. Car la résurrection ne crée pas seulement une foi personnelle. Elle crée un peuple. Un peuple appelé à porter quelque chose dans le monde.
Apporter la lumière dans les nuits humaines.
Apporter l’espérance au bord des lits de malades.
Apporter la vie là où il n’y a plus que des tombeaux.
Apporter le pardon dans les tranchées de la haine, des disputes et des guerres.
Oui nous savons bien que cela, nous ne pouvons pas le faire seuls, moi seul je ne peux rien face au mal et à la souffrance de toute une humanité déchirée par la haine, la violence et la guerre.
C’est pour cela que Dieu nous donne l’Église. L’Église, c’est nous. Nous, réunis par la résurrection. Nous, portés par la même espérance.
Nous, membres d’une communauté qui traverse le temps et le monde. Elle est plus grande que chacun de nous. Elle nous englobe et nous dépasse. Et pourtant elle vit par toi, elle vit en moi. Car l’Église est appelée à être dans ce monde la grande consolatrice : la présence du Christ ressuscité auprès de ceux qui en ont besoin. Elle est là pour moi quand je suis seul, quand je suis perdu et blessé et je veux en faire partie, pour qu’elle soit là où moi je console, je veille, je prie pour d’autres.
Voilà ce que commence ce matin de Pâques.
Deux femmes qui courent hors d’un tombeau, deux femmes qui ont peur, mais surtout qui ont de la joie, deux femmes qui portent avec elles la vie, la joie et la consolation pour toute une humanité.
Et à partir de là, une nouvelle qui traverse les siècles. Une nouvelle qui nous rejoint aujourd’hui : Le Christ est ressuscité.
Et désormais, nous sommes appelés à vivre et à transmettre cette espérance.
Nous la transmettons par ce que nous racontons de notre propre guérison. Mais nous la transmettons surtout par les nuits dans lesquelles nous portons cette lumière. Car espérer, c’est agir.
Alors allons.
Avec notre foi, osons avancer sans peur et avec joie dans les nuits de ce monde :
Et si parfois la nuit paraît trop grande, souvenons-nous de ceci : la résurrection a déjà commencé son œuvre dans le monde. Depuis ce matin où le tombeau s’est ouvert, la lumière n’a cessé de se répandre. Elle a traversé les siècles, les guerres, les haines et les ruines. Rien n’a pu l’éteindre.
Et aujourd’hui encore, cette lumière nous est confiée.
Alors allons.
Allons comme ces femmes au matin de Pâques.
Allons porter cette flamme dans les nuits du monde.
Et répétons autour de nous ce message source de vie : Le Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité.
Nous partageons cette espérance en partageant la lumière de Pâques.



