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©Temple de Chailly

Écouter le culte

Un face à face avec Dieu... on pourrait en rêver ! Mais peut-être que ça ne se passe pas toujours comme prévu ? Peut-être qu'on n'en sort même pas indemne ? Ni pareil ? C'est ce qui est arrivé à Jacob... Pas indemne mais ... un homme nouveau !
Prêt.e à oser l'expérience ?!

Prédication

Référence(s)
Genèse
Chapitre
32
Versets
24
à
31
Psaume
Chapitre
46
Versets
11
à
11
Matthieu
Chapitre
22
Versets
36
à
40

Lutter c'est quoi ? 

Lutter c’est faire des efforts soutenus pour surmonter un obstacle, une maladie, c’est répondre à une attaque en résistant, c'est s’affronter au corps à corps. 

Lutter c’est s'engager dans un combat tout en sachant qu'on n'en sortira peut-être pas indemne ! 

Et lutter, c’est ce que Jacob va être contraint de faire. Après avoir fait passer le gué du Yabboq à tous ceux qui étaient avec lui, Jacob se retrouve seul. Ce qui l'attend, c'est la confrontation avec son frère Esaü à qui il a volé la bénédiction paternelle. Dieu lui a dit de nombreuses fois qu'Il l'accompagnait et le protégeait, mais Jacob doute et craint les retrouvailles. Il reconnaît Dieu mais ne s'y fie pas complètement. Il n'est pas prêt à lui appartenir de toute sa personne ! C'est cette tiédeur en Jacob qui est attaquée, le plongeant dans une lutte intense. 

Une lutte qui dure toute la nuit, entre Jacob et... un homme. Quel homme ? L’opposant reste mystérieux, insaisissable, et il refuse même de révéler son nom. Mais Jacob ne se laisse pas décontenancer, il est engagé dans cette lutte de tout son être. Blessé à la hanche par l'inconnu, meurtri dans sa chaire, Jacob gardera la mémoire de ce combat. Dès ce jour, il claudique… qui était selon le poète Claude Vigée une souffrance et une danse. 

Bousculé est-il donc dans son corps 

La lutte n'est pas pour autant terminée. Jacob, blessé, refuse de lâcher prise, il refuse de le lâcher s'il n'est pas béni. Il insiste pour être béni. Une bénédiction n'est pas une mince affaire, elle est irrévocable et prophétique, elle implique l'identité, la raison d'être, la vocation d'une personne. 

Quand l'homme mystérieux lui demande son identité, Jacob répond honnêtement, confessant son passé de dupeur. C'est donc dans la vérité et la vulnérabilité que Jacob sera béni. Il reçoit là, le nom d'Israël, le ‘lutteur d’Él’. Son identité, son statut, sa vocation changent. Il appartient désormais de toute sa personne à Dieu. Et c’est en tant qu’homme de Dieu que Jacob acquiert la liberté et la souveraineté comme partenaire de Dieu. 

Bousculé est-il donc dans son identité

Jacob fait preuve de ténacité, même face à l'inconnu, même blessé, même vulnérable de son passé malhonnête, il continue de lutter et reçoit cette bénédiction. C'est un cadeau de Dieu. Cette protection, cette force salutaire, cette source de fécondité et de joie est offerte. Une bénédiction qui serait aujourd'hui dans la personne de Jésus et plus dans le succès ou la richesse. Oui, Jacob n’est plus le voleur mais le choisi, celui qui a été béni de Dieu, celui qui lui appartient ! Le Dieu saint d’Israël se laisse alors voir désormais face à face par l’homme. 

Bousculé est-il donc dans le lien à Dieu 

Jacob sort profondément transformé de cette lutte, dans son corps, dans son identité, dans son lien à Dieu. Il a compris que c'était Dieu. Il a rencontré Dieu face à face et l'a accepté tel qu'Il est. Dieu n’est plus vu comme un bonus qui lui est offert mais comme un dieu qui est et en qui l’homme peut avoir confiance et lui appartenir entièrement ! 

Ne pourrait-on pas dire que lutter avec Dieu c’est s’attendre à des changements à vivre une re-création, à trouver un nom nouveau donc une identité nouvelle et un sens nouveau à sa vie. Il y a donc nécessité de ce combat, puisque se confronter à Dieu même dans une épreuve intérieure, c’est se laisser façonner par Dieu de cette manière si particulière, façonner et recréer. Marquer et nommer. 

Et nous aujourd’hui… que nous soyons ici à Chailly ou en voiture, sur notre chaise de cuisine, notre fauteuil, dans notre lit d’hôpital ou ailleurs, avons-nous dû lutter un jour avec Dieu ? Avons-nous été changés, bousculés, transformés dans notre corps, dans notre identité, dans l'image que nous avions de Dieu ? Avons-nous continué de lutter, avec nos blessures, avec notre vulnérabilité, pour rencontrer Dieu face à face, tel qu'Il est ? 

Sommes-nous prêts à nous engager dans cette rencontre, entièrement, au risque d'en sortir transformés ? Sommes-nous prêts, comme nous y invite le psaume 46, à nous arrêter, à accueillir Dieu, à le reconnaître et à l'accepter tel qu'Il est ? Ou comme en Matthieu 22 à l'aimer en premier ! 

Comme un ami, que l'on accueille et que l'on aime pour lui-même et pas pour ce qu'il fait ou qu'il donne. Comme c'est beau d'aimer Dieu pour ce qu'il est et parce qu'il se donne.

Comme dans notre petit groupe « en Christ » où nous cherchons, dans des temps de silence, une vraie rencontre, un cœur à cœur, un face à face. 

Des instants que j'apprécie beaucoup car je suis en connexion - communion avec mon Dieu. C'est vrai que c'est différent quand on reçoit des paroles qui nous font du bien, par exemple lorsque j'ai compris que j'étais, par l'intermédiaire d'un pasteur malgache, fille de Dieu et je serai pasteure. Ou d'autres fois, quand les paroles reçues sont plus déconcertantes sur qui est Dieu et ce qu’il veut de moi, je peine à rester de marbre, je suis bousculée. 

C'est vrai, souvent ces moments de connexion ne sont pas de tout repos car l’arrêt et le silence laissent place à l'inattendu. Alors peuvent advenir des images, des paroles auxquelles on ne s’attendait pas et qui nous bouleversent, nous bousculent, se transforment en luttes. 

Et des fois, on est trop bousculé ! 

Cet exemple m'a marqué : un homme racontait avoir été complètement transformé dans qui il était et ce qu'il avait compris de Dieu. Il avait vécu une lutte terrible avec Dieu qui n'allait ni le remplir de sa présence ni de sa paix après des prières, nombreuses et régulières. Au bout d’un moment, il ne ressentait même plus sa présence, il était perdu et a commencé en dernier espoir à la suite du texte biblique de Philippiens 4, 4 qui dit : réjouissez-vous dans le Seigneur... indépendamment de ce qu’il ressentait ou pas, à commencer à se réjouir en Dieu pendant des jours et des jours en dansant. À travers cette obéissance à Dieu quelque chose a changé en lui, il sait obéir à des ordres et sa conception de Dieu a changé aussi : lui qui ne fait pas que donner mais il veut être aimé pour lui, il l’a mieux compris mais en a été bien meurtri dans son cœur, car ça a été long et si pénible. 

Et c'est là qu'il est essentiel de tenir bon malgré tout, car dans ces moments de vulnérabilité nous pouvons être reconnus et re-créés par, pour et avec Dieu. 

Lorsque nous osons aimer notre Dieu, le reconnaitre, l’accueillir, vivre avec lui un face à face, répondre à une attaque et lutter, des conséquences il y aura, ni idem ni pareil nous serons. Malgré tout osons être, osons aimer, osons lutter même s'il y a risque d'être bouleversés.

 Amen.