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Pasteure suspendue : pourquoi les victimes ne veulent pas témoigner

L’auteure de la plainte pénale contre la pasteure suspendue à la fois par l’Église réformée évangélique neuchâteloise (EREN) et par l’Église évangélique réformée vaudoise (EERV) nous a écrit pour nous expliquer pourquoi elle ne veut pas témoigner. Une seconde victime présumée a décidé de la suivre.

Suite à la publication de l’interview de la pasteure suspendue par l’EREN et l’EERV (lire l’interview publiée le 17 avril par Protestinfo), l’auteure de la plainte pénale contre l’intéressée nous a écrit pour nous dire qu’elle « se devait de faire connaître son désaccord complet » avec la version des faits de l’accusée.

« Les éléments contenus ou rapportés par la pasteure se heurtent aux pièces déposées et aux preuves versées aux dossiers de toutes les instances compétentes chargées d’examiner cette affaire sur le plan déontologique, professionnel et/ou pénal », écrit la victime présumée, qui tient à garder l’anonymat. Faisant référence à l’existence d’une seconde victime présumée, elle rappelle qu’elle « n’est pas la seule à avoir dénoncé les agissements dont elle a été victime ».

Reproches non-fondés

En déposant comme elle l’a fait, la victime présumée souhaitait avant tout faire cesser les atteintes, mais aussi « éviter que d’autres personnes ne subissent la situation qu’elle a vécue et qu’elle continue à endurer ».

Mais pourquoi ne souhaite-t-elle pas livrer sa propre version des faits ? Elle nous a expliqué ses raisons par mail : « Après une nuit de digestion difficile des articles lus dans la presse, je ne vois pas bien le sens qu’il y a à exposer sur la place publique deux versions complètement différentes d’une même situation et je ne souhaite pas participer à une mise en cause publique que je trouve humainement indigne pour toutes les parties. »

Version toute différente

Dans ce message, elle répète que sa version est « profondément différente » du tableau dépeint par la pasteure. « Cette version, je l’ai transmise aux instances judiciaires, professionnelles et spécialisées compétentes, notamment les Églises concernées, le Groupe de soutien aux personnes abusées dans une relation d'autorité religieuse (SAPEC), au Centre LAVI (Loi fédérale sur l'Aide aux Victimes d'Infractions) et l’antenne de signalement d’abus de l’EREN, avec les nombreuses pièces et preuves dont je dispose. »

« Dès lors, poursuit-elle, je fais pleinement confiance aux instances saisies pour établir les faits, protéger les personnes concernées et prendre toutes les mesures nécessaires afin d’éviter que de nouvelles situations et souffrances ne surviennent. Plusieurs instances se sont déjà prononcées, des employeurs se positionnent et une instruction judiciaire est en cours. Dans ce contexte et à ce stade, il me semble plus respectueux de laisser s’exprimer les instances qui se sont déjà prononcées, ainsi que celles qui poursuivent encore leur analyse ». La seconde victime présumée a décidé de la suivre : « Elles ont compris que l’union fait la force : si l’une garde le silence, l’autre refuse aussi de s’exprimer dans les médias », indique une source proche du dossier.

Les motifs de la suspension

La suspension de la pasteure par les Églises réformées neuchâteloise et vaudoise a été annoncée le 9 avril (lire l’article de Protestinfo). « Nous avons considéré qu’il y a eu des manquements à la déontologie pastorale de l’ordre de l’emprise et de l’abus spirituel, de l'utilisation de la fonction pastorale pour exercer des pressions sur une personne », déclare Yves Bourquin, président du Conseil synodal (exécutif) de l’EREN. Selon Clémentine Miéville, en charge de l’antenne de signalement d’abus qui a recueilli le témoignage à l’origine de la procédure d’enquête, « on peut parler d’abus psychiques, physiques, financiers et spirituels ».