
Bisbille entre Trump et le Pape : décryptage théologique
Donald Trump prétend que le Pape ne comprend rien à la logique de la guerre… Est-il soutenu par la théologie ?
Non, tant Donald Trump qui est protestant que J.D. Vance qui est catholique sont en contradiction avec la théologie de leur propre religion. Du point de vue de la théologie chrétienne, il y a des cas dans lesquels on peut tuer et faire la guerre – mais sous certaines conditions. En fait, deux questions se posent : la première est de savoir dans quelles circonstances on peut entrer en guerre ; la seconde concerne ce qu’on peut s’autoriser à faire une fois que la guerre est déclarée. Dans les deux cas, les réponses viennent à l’origine de Saint-Augustin, mais elles ont été thématisées dans le droit international.
Lesquelles ?
Tout d’abord, pour entrer en guerre, il faut qu’il y ait une cause juste, par exemple la légitime défense. C'est le motif qui avait été invoqué au début par le gouvernement américain, qui soutenait que l'Iran disposait de l'arme nucléaire pour mener des attaques contre les Américains. Entre-temps, on s'est aperçu que c'était faux, ou probablement faux. Mener une guerre offensive et mener une guerre défensive, ce n'est pas la même chose. Il y a une deuxième condition, qui est que la guerre doit être l'ultime recours ; elle ne peut intervenir que lorsqu’on a épuisé toutes les voies de négociation. Enfin, il faut utiliser des moyens proportionnés au but qu'on poursuit. Si vous décidez de détruire une civilisation parce qu’elle ne vous obéit pas, ce n'est pas proportionné au but fixé. Ces critères sont inscrits dans le droit international, mais ils viennent de la théologie - aussi bien catholique que protestante.
Et une fois que la guerre a été déclarée ?
Là aussi, il y a des conditions à remplir. En premier lieu, il y a un principe de discrimination, c'est-à-dire que vous ne pouvez pas tuer des civils. De plus, le principe de proportionnalité s’applique également ici. Vous ne bombardez pas des ponts ou des centrales électriques pour péjorer la situation de la population. Il y a une obligation de faire un usage minimal de votre force de frappe pour atteindre vos objectifs militaires. C'est-à-dire que vous ne pouvez pas prendre en otage des civils, ni détruire des villages comme c'est le cas au Liban. Quand Donald Trump dit qu’il n’aime pas ce Pape qui lui met des bâtons dans les roues, c’est effectivement l’intention du Pape et la position du protestantisme est la même. Évidemment, Trump caricature le point de vue du christianisme en disant « ces chrétiens nous empêchent de faire la guerre… ils sont toujours contre les guerres ». Il y a peut-être des chrétiens qui sont archi-pacifistes, mais ce n'est pas le cas du Pape ni des protestants en général.
Si les catholiques et les protestants se rejoignent sur le sujet de la guerre, ils ne sont pas d’accord sur d’autres circonstances où l’on peut être amené à tuer…
Vous faites allusion à l’interruption volontaire de grossesse et au suicide assisté. L’approche du catholicisme est en effet fondamentalement différente de celle du protestantisme. Pour les catholiques, la vie est sacrée ; c’est un trésor. Selon cette perspective, vouloir mettre des limites à la sacralité de la vie reviendrait à se prendre pour Dieu. L’interruption volontaire de grossesse, l’assistance au suicide et le don d’organes doivent par conséquent être condamnés. La position du protestantisme est tout autre. Elle se fonde essentiellement sur la Bible et en particulier sur le décalogue, où il est dit de ne pas commettre de meurtre, c’est-à-dire qu’il ne faut pas tuer d’innocents. Cela veut dire qu’il est possible de tuer – cela reste une chose grave, mais possible. À condition néanmoins de pouvoir en porter la responsabilité devant Dieu. Voilà pourquoi les protestants ne sont pas forcément opposés à l’avortement et au suicide assisté ; cela dépend des circonstances et il y a une pesée des intérêts à faire.
La polémique
Bref rappel des faits. La semaine passée, le Pape affirmait que le monde en avait assez des démonstrations de force et des guerres, et que Jésus n'est jamais du côté de ceux qui ont brandi l'épée et qui aujourd'hui larguent des bombes. Il ne citait pas les États-Unis, mais Trump s’est reconnu. Il a répliqué via les réseaux sociaux qu’il n’était pas un grand fan du Pape, et que ce Pape ne comprenait rien à la logique de la guerre contre l'Iran. Puis, Trump s'est fait représenter par l'IA dans une posture où il est soutenu par Jésus, puis, dans une seconde image, où il prend pratiquement les traits de Jésus. Prenant la défense de Trump, le vice-président J.D. Vance a demandé si Dieu avait été du côté des Américains qui ont libéré la France des nazis. « Je crois certainement que la réponse est oui », avait-il répondu.



