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Notre cerveau a besoin de silence pour se régénérer

 
4 min de lecture
Des milliers de personnes meurent, chaque année, à cause de nuisances sonores. Lorsque notre organisme est exposé à des bruits chroniques, il ne peut plus se réguler. De petits moments de silence quotidiens permettent de se ressourcer.

«A un moment donné, je me suis sentie comme un vase trop plein qui allait déborder. J’étais en régie et je n’en pouvais plus. Le bruit me vidait de ma substance vitale», se rappelle Jessica Ammar. Ingénieure du son et réalisatrice radio, elle passait près de huit heures par jour un casque sur les oreilles à écouter des concerts, des entretiens et autres contenus sonores. «A la maison également, il y avait toujours un brouhaha, de la musique, des discussions. Je crois que le silence me faisait peur», se souvient cette femme de 43 ans.

Et pourtant, le silence est essentiel. «Il s’agit donc de faire taire les bruits externes, afin de pouvoir retrouver un calme, voire un silence intérieur car notre cerveau en a besoin pour se régénérer», affirme le neuroscientifique Michel Le Van Quyen, directeur de recherches à l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), à Paris. «Après deux minutes seulement dans un endroit calme, notre organisme se ralentit. Les hormones de stress diminuent. La respiration et les battements cardiaques deviennent plus lents. L’ensemble de notre corps, cerveau inclus, se régénère.» Plusieurs phénomènes physiologiques apparaissent ensuite progressivement. «On remarque notamment une restructuration des synapses, c’est-à-dire des connexions entre les neurones. De récentes études sur des souris ont même montré que de nouveaux neurones se créaient lorsqu’elles étaient confrontées à un environnement silencieux», explique le neuroscientifique, auteur de Cerveau et silence. Les clés de la créativité et de la sérénité.

Mourir à cause de la pollution sonore

Selon un rapport de l’Office fédéral de l’environnement de 2025, environ 500 personnes meurent, chaque année en Suisse, à cause de l’exposition aux bruits des transports routier, ferroviaire et aérien. En Europe, les nuisances sonores sont responsables du décès de 10'000 personnes par année, d’après une étude de l’Agence européenne de l’environnement.

«Un niveau de bruit élevé chronique, par exemple en habitant à côté d’un aéroport ou d’un grand axe routier, dérégule le système nerveux en déclenchant des réactions de stress. A la longue, cela pose de multiples problèmes: des troubles du sommeil, des troubles digestifs, des problèmes de tension artérielle ainsi que des complications cardiaques qui peuvent entraîner la mort», précise Michel Le Van Quyen qui ajoute qu’à Paris des cartographies du bruit ont lieu régulièrement. «Elles montrent qu’environ 10% de la population est soumise à des niveaux de bruits qui dépasse les normes réglementaires.»

Une retraite salvatrice

Face à un monde saturé de sons, il est donc crucial de trouver des temps de répit. Pour Jessica Ammar, ce repos sonore a pu avoir lieu grâce à une retraite en silence. «J’étais arrivée à un stade où je n’arrivais presque plus à dormir. Je ne supportais plus les conversations. Je me suis rendu compte qu’il était vital pour moi de me retrouver dans un environnement complètement silencieux.» Pendant deux semaines, l’ingénieure du son a vécu en silence, sans téléphone ni livre, dans un ashram laïque, au Portugal.

«Au début, c’était compliqué de me retrouver face à moi-même. Je me sentais très agitée. Il y avait beaucoup de bruit à l’intérieur de moi», raconte la réalisatrice radio qui progressivement a réussi à se détendre. «Le fait d’être en silence a fait émerger des choses fondamentales en moi, je me suis apaisée et j’ai vraiment ressenti comme une ouverture». A la fin du séjour, quand Jessica Ammar reprend la parole après quinze jours de silence, elle se rappelle avoir mesurer le poids de chaque mot. «Je les sentais vibrer en moi, comme si toute la mécanique se remettait en marche.»

Le silence au quotidien

De retour en Suisse, l’ingénieure du son a créé des espaces de silence dans son quotidien. «A la maison je n’écoute plus systématiquement de la musique. Je fais aussi de la méditation seule, en silence. Et je me rends compte que paradoxalement, la découverte et la pratique du silence, m’a fait progresser dans mon métier. »

Pour Michel Le Van Quyen, il est important de ne pas considérer le silence comme quelque chose d'exceptionnel. Au contraire, c'est important de l'introduire dans la vie quotidienne: quelques minutes par-ci par-là voire plus longtemps. «Entrecoupez votre journée de travail de moments où vous vous retrouvez avec vous-même, en allant par exemple dans un parc à proximité», conseille-t-il.

L’addiction au bruit

Et cette pratique quotidienne du silence semble d’autant plus importante dans notre société en perpétuelle effervescence. «Effectivement, il y a une augmentation des stimulations auditives. On observe même ce qu’on peut appeler une addiction au bruit qui est associée au réseau neuronal de la récompense avec la libération d’hormones du plaisir. Les gens ont besoin d’écouter en permanence de la musique ou d’autres contenus, sinon ils ne se sentent pas bien», constate le neuroscientifique qui souligne toutefois qu’un important travail de prévention a notamment été mis en place dans certaines écoles françaises. «Pour moi, l’antidote, c'est écouter les sons de la nature.»

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