
Prédication
Nul besoin d’être champion olympique de ski pour savoir que notre regard joue un rôle déterminant sur notre trajectoire. Que ce soit à ski, à vélo, à moto ou même à pied, c’est notre regard qui dessine notre trajectoire. C’est un fait : nous allons là où se porte notre regard. Au point que, lorsque nous fixons un obstacle que nous voulons éviter, nous finissons souvent par le percuter. Cela veut dire que nous devons apprendre à détourner notre regard de l’obstacle pour le fixer sur la trajectoire qui nous permet de l’éviter ! Et ce n’est pas un réflexe naturel, car nous avons plutôt tendance à figer nos regard sur ce qui nous menace - plutôt que de le fixer ce qui nous permet d’en sortir…
L’expérience de Pierre nous fait découvrir un autre type de regard non moins déterminant ; celui de la foi. L’histoire biblique, à commencer par celle d’Abraham, nous rappelle que la foi n’est pas une simple croyance religieuse ou rassurante… Mais c’est un mouvement déterminé par le regard que nous portons sur le Dieu qui nous parle. C’est ce regard qui a mis Abram en route vers le pays inconnu que Dieu lui montrait pour faire de lui une nation et une source de bénédiction, alors qu’il n’avait même pas d’enfant à ce moment-là.
L’expérience de Pierre nous parle de ce regard dans un moment particulièrement intense de sa vie. Il est dans une barque avec les autres disciples, après que Jésus les a contraints à traverser le lac, alors que lui-même renvoyait la foule qu’il venait de nourrir en multipliant cinq pains et deux poissons. Les disciples sont donc sur le lac et voilà qu’un vent se lève et la barque se retrouve au beau milieu d’une tempête ! Il fait nuit, il fait froid et les vagues secouent Pierre et les disciples dans tous les sens. Les vagues arrivent les unes après les autres... Les unes après les autres au point qu’ils ont beau ramer de toute leur force, ils arrivent nul part. Ils sont bloqués au milieu du vent et des vagues.
A ce moment-là, le miracle de la multiplication des pains qu’ils viennent de vivre avec Jésus est bien loin derrière… Leur seule préoccupation, c’est de se sortir de là…
Nous aussi nous pouvons vivre des temps fort avec Dieu. Des moments où il agit dans nos vies de manière extraordinaire ! Ça peut être une réponse miraculeuse à une prière, à un besoin ou une guérison, ou le retour d’un enfant prodigue après des années d’attente… Dans ces moments-là, Dieu est si proche, si réel et surtout nous réalisons qu’il se soucie de nous !
Et puis… quelques heures plus tard, nous pouvons nous retrouver en pleine tempête comme les disciples… Et comme eux, nous perdons le sens de l’orientation, la seule chose que nous arrivons à faire quand tout bouge, quand tout est mis sens dessus-dessous, quand nous perdons tous nos repères, c’est de nous accrocher à notre barque. Il y en a sûrement parmi nous qui le vivent en cet instant et c’est peut-être même pour cela que vous avez allumé votre radio ce matin !Parce que dans la tempête nous pouvons nous sentir tellement seul et abandonné… Mais que fait Dieu et où est-il passé ? Pourquoi permet-il que je passe par là, alors que je crois en Lui ? Existe-t-il vraiment ou est-ce une illusion ? Ce sont les questions qui montent en nous quand nous sommes dans la tempête ! Oui, il arrive que Dieu nous laisse dans la tempête pendant longtemps avant de nous rejoindre… J’en ai fait l’expérience et certainement beaucoup d’entre-vous aussi…
Et voilà que dans l’Évangile de Matthieu, Jésus rejoint ses disciples vers la fin de la nuit, après des heures, en marchant sur les eaux. Le fait de marcher sur les eaux manifeste sa puissance divine sur les éléments. Jésus rejoint ses disciples en marchant sur la tempête qui est bien plus forte qu’eux ! Mais pour Pierre et ses compagnons, le fait de voir Jésus marcher sur les eaux est complétement surréaliste et du coup, ils croient voir un fantôme et ils paniquent complètement !
Et Jésus leur dit aussitôt: «Rassurez-vous, c'est moi. N'ayez pas peur!» Mais Pierre veut être sûr que ce n’est pas une hallucination et il joue le tout pour le tout en répondant : «Seigneur, si c'est toi, ordonne-moi d'aller vers toi sur l'eau.» Et Jésus lui dit: «Viens!» Les autres ne disent rien et ne bougent pas, ils restent accrochés à la barque !
Alors Pierre ose se pencher hors de la barque, hors de sa sécurité pour poser son pied sur l’eau agitée ! Et surprise, il réalise qu’il ne coule pas ! Alors, il sort tout entier de la barque. Il la lâche… et commence à marcher en direction de Jésus ! Mais est-ce que c’est l’eau qui le porte ? Non, l’eau n’a jamais porté personne… Surtout quand il s’appelle Pierre… C’est la parole de Jésus, c’est le « viens »de Jésus qui porte Pierre. Et c’est à ce moment-là, que Pierre entre dans le mouvement de la foi dont je parlais tout à l’heure. Et c’est tellement important pour nous de saisir cette vérité.
La foi n’est pas une assurance tout risque, c’est une prise de risque pour s’appuyer sur un autre que soi ! La foi, c’est mettre courageusement notre vie et notre sécurité entre les mains du Christ. La foi, c’est prendre appui sur la parole de Dieu, alors qu’elle défie les limites du possible. C’est la leçon que Jésus veut nous apprendre au travers de Pierre !
Mais Pierre va apprendre une autre leçon pour nous : Voyant que le vent était fort, il eut peur et, comme il commençait à s'enfoncer, il s'écria: «Seigneur, sauve-moi!» Pierre a commencé à s’enfoncer au moment où il a détourné son regard de Jésus pour le fixer sur les vagues. Et à ce moment-là, il perd la portance de la foi, il fixe l’obstacle plutôt que le Christ et il s’enfonce dans les vagues ! Son regard est devenu un regard de peur et il s’enfonce dans le danger qu’il redoute. Mais aussitôt Jésus tendit la main, l'empoigna et lui dit: «Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté?» Ils montèrent dans la barque, et le vent tomba.
Il est clair que rien n’arrive par hasard dans cette histoire… On pourrait dire que c’est même un coup monté ! Car le but de Jésus en mettant ses disciples en situation de tempête, de crise était de leur apprendre à marcher par la foi dans un monde où le vent de l’adversité souffle si souvent !
Au travers de l’expérience de Pierre, le Seigneur nous fait comprendre qu’avoir foi en Lui, c’est prendre appui sur qui il est et sur ce qu’il nous dit quand les circonstances nous disent tout autre chose. Quand nos circonstances ne nous portent plus, mais qu’elles nous font couler ! Lorsque nous passons par des temps de crise, nous avons naturellement tendance à nous fixer sur ce qui nous menace. Et nous nous enfonçons alors dans l’inquiétude qui nous réveille la nuit, qui nous vole la paix et qui fait de nous l’objet de circonstances qui nous agitent dans tous les sens…
Au travers l’histoire de Pierre, Jésus veut nous faire comprendre que croire en Lui, nous amène à prendre des risques !Car c’est comme cela que nous apprenons à fixer notre regard sur Lui ! C’est une leçon que nous devons tous apprendre sachant que Dieu ne va pas nous laisser couler ! Il n’en demeure pas moins qu’il va travailler nos vies au travers de nos circonstances pour nous apprendre à fixer nos regards sur Jésus qui fait naître la foi et la mène à s plaine mesure. Ainsi le grand apprentissage de notre vie chrétienne, c’est de grandir dans une foi capable de nous porter au-dessus des vagues de la vie. Et à chaque fois que nous en faisons l’expérience, nous pouvons aller plus loin dans la relation à celui qui plus fort que nos tempêtes.
Ainsi nous pourrons dire avec les disciples, oui tu es vraiment le Fils de Dieu.
Amen.

